Le beau Sylvestre

Le cousin germain de mon père, Sylvestre, est né juste un an avant lui en février 1925 à Paris. Tous deux partagent un temps le même nom et leur prénom de naissance, Salomon. Sylvestre/Salomon est le fils unique de Dora et de Joseph.

Joseph et son frère Rafaël, mon grand-père, émigrent en France en 1920 de Lodz en Pologne. Ils travaillent ensemble dans la boutique de bonneterie de Joseph au 43 rue Basfroi. Les deux familles habitent dans cet immeuble au moment de l’instauration des lois antisémites de Vichy.

Le 20 août 1941,  la police française organise la deuxième rafle du 11ème arrondissement de Paris. Ce jour-là, la police investit l’immeuble du 43 rue Basfroi pour arrêter tous les occupants juifs. Dans la panique générale, le jeune Sylvestre s’apprête à enfourcher son vélo pour prévenir sa mère de la rafle. À la question du policier qui l’interpelle en lui demandant s’il est juif, il a le mauvais réflexe de dire la vérité. Sylvestre âgé de 16 ans est alors arrêté avec son père, son oncle et de nombreux habitants de ce quartier à forte immigration ouvrière en majorité juive polonaise. https://histoirecoloniale.net/La-rafle-meconnue-du-20-aout-1941-7196.html

Ils sont internés dans le camp de Drancy, encore totalement désorganisé et dans des conditions d’hygiène déplorables. Les prisonniers dorment dans des châlits et bientôt affamés, se nourrissent de détritus. Beaucoup tombent malades : cachexie, avitaminoses, œdèmes, scorbut… si bien que par crainte d’une épidémie, les plus jeunes dont Sylvestre, sont libérés en novembre 1941.http://drancy.memorialdelashoah.org/wp-content/uploads/2016/04/dossier-de-presse-drancy-1.pdf

À la sortie du camp, il retrouve sa mère qui l’aide à fuir en zone libre dans le Midi. Puis, il se réfugie à Lyon où il retrouve son ami d’enfance Jacques Szmulewicz. Les deux jeunes gens, privés d’autorité parentale sont livrés à eux-même. Un jour, installés dans un café à jouer aux cartes, ils sont recrutés par les FTP/MOI. https://www.franceculture.fr/oeuvre/ils-etaient-juifs-resistants-communistes

Leurs premiers actes de résistance consistent à déposer des tracs dans les boîtes aux lettres, coller des affiches, inscrire des slogans anti-allemands sur les murs etc.

Arrêté en 1942 alors qu’il transporte du ravitaillement, Sylvestre purge une peine de deux mois de prison. Il arrive à fuir dans la pagaille générée par l’arrivée de l’occupant allemand à Lyon.

En 1943, Sylvestre, alias Fernand POT, rejoint le groupe Carmagnole de Grenoble et participe aux sabotages de voies ferrées notamment et aux combats dirigés vers des lieux stratégiques. Arrêté une nouvelle fois, il échappe à la déportation grâce à l’aide du policier qui le conduit dans le train.

Aux archives du SHD (Service Historique de la Défense) de Vincennes, je consulte en 2019 son dossier militaire. Parmi les documents, une attestation décrit ses actes de bravoure. Un certificat d’appartenance aux FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) en tant que membre des FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français) lui est proposé en 1952. Mais aucune suite ne sera donnée car il ne répond pas aux courriers, trop occupé à cette époque par les aléas de sa vie personnelle.

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est IMG_4458-768x1024.jpg. Extrait du dossier des archives du SHD de Vincennes

Sa femme Gisèle Broch et son ami « Jacquot » Szmulewicz me relatent en 2012 ses faits de résistance. Au cours de plusieurs rencontres dans son appartement parisien, « Jacquot » me racontera, les larmes aux yeux, les évènements de cette période dramatique. Il parlera de son ami « le beau Sylvestre », de ses succès féminins, de sa gentillesse, de sa générosité et surtout du regret de n’avoir pu le revoir avant sa mort.

En 1993, Sylvestre changera son nom « incommode » écrit PODKHLEBNIK et deviendra Georges BAEZA. C’est grâce à ce changement de nom que j’ai pu retrouver sa trace et celle de sa fille. Mais trop tard pour le rencontrer, son décès en Espagne datant de 2005, la même année que mon père. Les deux cousins ne se seront jamais revus après plus de quarante ans.

 

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