Les cassettes audio de mon père

Il aura fallu quatorze années, depuis la mort de mon père, avant de pouvoir me séparer de certains objets qui me rattachaient encore à lui.

Demain soir, je déposerai devant chez moi, sur le trottoir, quatre grands sacs plastiques contenant plus de mille cassettes audio qu’il a enregistrées entre les années 2000 et 2005.

Après la mort de ma mère, pour combler la solitude de ses journées qui s’étiraient en raison de sa mobilité limitée, il écoutait les émissions musicales de Radio Bleue, Radio classique ou France musique. Multipliant les genres : opéras, opérettes, concerts, et chansons de styles variés, il perfectionnait ses connaissances et son amour de la musique.

Son écoute passionnée se doublait par des enregistrements qui lui permettaient de réécouter à loisir ses morceaux préférés. Il fallait donc régulièrement lui procurer des cassettes vierges et sur chacune, il notait méticuleusement la date de l’enregistrement et le titre des morceaux.

En vidant la maison de mes parents en 2005, je ne savais que faire de tout ce matériel et distribuai en souvenir de lui à ses voisins préférés quelques cassettes, emportant tout le reste chez moi.

Longtemps, elles ont trouvé place dans sa bibliothèque que j’avais réinstallée dans le sous-sol de ma maison. Je n’avais pas eu le courage de les ordonner aussi précisément qu’il l’avait fait lui-même : par époque, auteur ou je ne sais selon quel critère d‘ailleurs, mais elles étaient là, « alignées en vrac » et imaginant sa présence rassurante, cela me suffisait.

Les livres s’accumulant au cours du temps dans toute la maison, il a fallu trouver de la place et libérer la bibliothèque de ces cassettes devenues obsolètes et que je n’écoutais d’ailleurs pratiquement jamais. Et malgré une charge affective encore prégnante, elles sont devenues encombrantes, pesantes voire envahissantes et le souvenir de mon père désormais ancré en moi, me les rendait d’autant plus inutiles.

Pourtant, pendant quelques années encore, je les ai gardées dans des sacs au sous-sol et la semaine dernière seulement, j’ai décidé de les sortir de la maison.

Après un tri minutieux pour ne pas laisser échapper quelque trésor caché, j’ai préparé les sacs à évacuer gardant tout de même une cinquantaine de cassettes sur lesquelles l’écriture irrégulière de mon père laisse sa trace.

Et lorsque mon regard passe de l’une à l’autre, je peux l’imaginer écrire avec application : Concerto n°2 de Bruch, Prélude de concert Wieniamski, Espania de Chabrier, polkas rapides de Strauss, Western swing Texas 1928 1944, Le pays du sourire de Franz Lehar Thaïs de Massenet, Kol Nidré de Max Bruch etc…

 

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