Les papiers d’identité

Du camp pour personnes déplacées où ma mère se retrouva après guerre avec une partie de sa famille, j’ai gardé quelques documents : titres d’identité, photos et lettres. http://unlivredusouvenir.fr/camps-de-personnes-deplacees.html

En fait, deux camps successifs en Autriche près de Linz les ont accueillis pour une période qui s’étend de 1947, date de leur départ de Pologne à 1951, date de leur arrivée en France.

Le Lager Wegscheid, Linz 1947 Barak 44 sera l’un d’entre eux.

De nombreuses photos attestent de leur séjour, si l ‘on peut parler de séjour dans ces lieux destinés à la reconstruction et à l’attente du départ vers un pays d’accueil. Les années passées dans ces camps allaient pourtant représenter une des périodes heureuses de leur existence.  Après avoir échappé à la mort en Pologne puis en Ukraine et avoir fui jusqu’en Asie centrale, la vie reprenait son cours. Leur périple se poursuivait ailleurs, de façon plus ou moins chaotique.

Logés dans des baraquements, ils apprenaient ou réapprenaient un métier,  des unions se faisaient ou se défaisaient et des naissances suivaient, célébrées par des fêtes.

Devenus apatrides dans leurs exils successifs, des papiers d’identité destinés aux étrangers et réfugiés leur furent attribués.

J’ai découvert au cours du temps que ce « passeport » émanait du travail de l’écrivain Albert Cohen dans la continuité du passeport crée par le norvégien Fridtjof Nansen. http://www.veroniquechemla.info/2016/06/nansen-un-passeport-pour-les-apatrides.html

En effet, en tant que conseiller juridique du Comité intergouvernemental pour les réfugiés, Albert Cohen fut chargé de l’élaboration de l’Accord international du 15 octobre 1946 relatif à la protection des réfugiés et notamment de la délivrance d’un titre de voyage.

Il se plaisait à dire que l’œuvre dont il était le plus fier n’était ni Belle du seigneur, ni Les valeureux, ni Mangeclous mais ce passeport pour les apatrides.

Le passeport rédigé en anglais, français, russe et allemand indique l’état civil, le changement de résidence, et la prolongation de sa validité était tamponnée année après année.

Et pour terminer cet article un extrait du livre de Klaus Mann Le volcan. Klaus Mann, fils de Thomas Mann est considéré aujourd’hui comme le plus grand écrivain de l’exil. « Car on ne peut exister sans passeport : cela elle le savait depuis longtemps. Un passeport est quelque chose de très important. Dans des conditions ordinaires, c’est à peine si on remarque sa présence. Mais, soudain, le voilà qui se rappelle à votre attention et devient terriblement menaçant. »https://fr.wikipedia.org/wiki/Klaus_Mann

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