Lieux de vie de Maria Silberstein

Les archives de la préfecture de police

 

Mes recherches, étalées sur des années, ont pris une autre orientation lorsque je me suis rendue pour la première fois en 2010 aux archives de la préfecture de Police de Paris, 4 rue de la montagne Sainte-Geneviève à Paris. Elles seront par la suite transférées au Pré Saint-Gervais. https://www.prefecturedepolice.interieur.gouv.fr/Nous-connaitre/Services-et-missions/Service-de-la-memoire-et-des-affaires-culturelles/Les-archives-de-la-prefecture-de-police

Depuis le Boulevard Saint-germain où j’étais en poste à l’époque, il me suffisait d’emprunter la rue des écoles pour rejoindre la rue de la préfecture de Police. Parcourir cette partie du quartier latin de ma jeunesse m’était agréable et adoucissait le caractère difficile de ces démarches.

Au troisième étage du bloc de béton de la préfecture, bâtiment moderne assez disgracieux, le service des archives faisait face au musée.

Installée dans la salle de lecture, je cherchais, sans trop savoir vraiment quoi, un document concernant Maria en fouillant de façon aléatoire dans divers fichiers.

Des étudiants travaillaient sur des archives de la guerre d’Algérie le jour où l’historien me guida plus précisément dans mes recherches. Écoutant l’histoire de mes grands-parents paternels, il eut la gentillesse d‘aller compulser, à partir des noms que je lui présentais, les dossiers référencés pour aider aux demandes de réparation des victimes de spoliations durant la dernière guerre mondiale.

Il revint avec de précieux documents qui me permirent de comprendre ce qu’il était advenu de Maria durant la guerre.

 

Les documents administratifs

 

Seuls ces quelques écrits administratifs auront laissé une trace de son existence pendant cette période trouble.

  • En octobre 1940, elle se fait recenser dans le 3ème arrondissement de Paris.

Le registre de cet arrondissement est le seul qui persiste, ceux des autres arrondissements furent détruits juste après-guerre. Une étiquette blanche portant l’intitulé « Recensement des israélites et entreprises juives » est collée sur la couverture cartonnée rouge à motifs bleus et noirs du registre ; les mots israélites et entreprises juives sont soulignés d’un trait noir.

Son nom et adresse 54 rue du Vert Bois sont inscrits avec la mention 1 qui pourrait laisser supposer qu’elle vivait seule.

  • En juin 1942, elle se présente au commissariat d’arrondissement où après émargement lui sont remises deux insignes juifs ou « étoiles jaunes ». Le port des étoiles jaunes a été rendu obligatoire en zone occupée après promulgation d‘une ordonnance allemande les 28 et 29 mai 1942 et Maria, en française respectueuse de la Loi, aura obéi à cette injonction.

Elle aura porté l’étoile pendant pratiquement un mois, période qui sépare ce jour où elle récupéra les deux étoiles au commissariat de celui de son arrestation en juillet.

Qu’a-t-elle pu ressentir lorsqu’elle se déplaçait dans le Paris de l’occupation avec cette étoile cousue à son vêtement, croisant le regard des autres, de ceux qui vivaient normalement, de la foule des nombreux passants souvent indifférents au sort tragique réservé aux juifs de leur ville ?

 

J’ai tissé dans ma mémoire

Une étoile imaginaire

Brodée

De mille fils

Qui dansent

Dans des copeaux de rêves

Dans des copeaux de ciel

 

Le piège comme pour des milliers d’habitants juifs de Paris, se referme autour d’elle.

  • Elle sera arrêtée le premier jour de la rafle du Vel d’Hiv, le 16 juillet 1942 et signera à son arrivée à Drancy le « Bordereau de la rafle du Vel d’Hiv ». Sur une feuille répertoriée « feuille 9, table 4 »,  son nom est le premier d’une liste de 15.

 

Dernier domicile connu

 

Maria s’était installée après son divorce au 54 rue du Vert Bois.

Ce fut son dernier domicile connu et cette adresse est celle qui figure sur tous les documents administratifs relatifs à son arrestation.

J’ai lu que cette rue,  proche de la rue du Temple dans le troisième arrondissement, s’appelait au dix-septième siècle rue du Gaillard-Bois, et que ce nom correspondait au bois vert qui jouxtait le prieuré de St-Martin-des- Champs.

Je me suis rendue à plusieurs reprises, à des années de distance, devant cet immeuble cherchant un signe, un témoignage, mais les façades de pierre sont toujours restées imperturbablement muettes.

Cette femme est devenue ma grand-mère inconnue.

 

Une adresse familiale : rue d’Angoulême

 

Les documents administratifs m’ont aidé à reconstituer, tel un puzzle, la chronologie approximative des évènements et il me semble qu’elle retourna vivre dans l’appartement familial de la rue d’Angoulême avant de s’installer rue du Vert Bois.

Un soir, après mon travail, et très précisément le mercredi 6 avril 2011, je me suis rendue rue d’Angoulême rebaptisée  après guerre rue Jean-Pierre Timbaud dans le onzième arrondissement.

En sortant du métro à la station Goncourt, j’ai suivi l’avenue Parmentier jusqu’à son croisement avec la rue Jean-Pierre Timbaud que j’ai emprunté en tournant à gauche au niveau de la clinique Léonard de Vinci dont la modernité contrastait avec les maisons populaires mais bien restaurées de la rue. Ce quartier initialement populaire et ouvrier est devenu plutôt BOBO avec ses terrasses de café animées.

Arrivée devant le numéro 57, j’ai marqué un temps d’arrêt. La porte s’est ouverte devant deux jeunes gens que j’ai suivi rapidement pour éviter le casse-tête du code d’entrée. Au rez-de-chaussée, il y avait une autre porte correspondant au seul appartement du palier comme me l’ont confirmé les jeunes gens qui montaient à l’étage. Je me suis un peu attardée imaginant ma grand-mère chez elle et lorsque j’ai sonné pour en voir davantage personne n’a répondu. Un peu déçue, je suis sortie et j’ai observé l’immeuble et ses environs.

J’ai photographié la porte close, une porte de bois, peinte en bleu, mi-pleine dont la partie supérieure vitrée est protégée par une belle structure en fer forgé. J’ai remarqué que « l’immeuble familial » composé de 5 étages faisait face à la cité d’Angoulême et qu’une plaque, gravée au nom du syndicaliste communiste Jean-Pierre Timbaud fusillé le 22 octobre 1941, était apposée en regard du numéro.

 

 

 

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