Un nouvel an avec Samuel Schwarz

En ce premier jour de l’année nouvelle, très pluvieux et d’une douceur assez inhabituelle, mes pensées vont vers Samuel Schwarz, mon grand-père, mort à Tomsk en Sibérie. Pour suivre sa trace, je viens d’intégrer un groupe de recherche qui, je l’espère, m’ouvrira de vastes horizons. L’une des thématiques de ce groupe est « l’exil forcé des citoyens polonais durant la seconde guerre mondiale » : http://kresy-siberia.org/museum/discussion/

Chapitre 1- Naissance et métier : quelques photos

Samuel Schwarz est né à Kremenets en Ukraine le 5 janvier 1881.
Il m’aura fallu un certain temps avant de me familiariser avec l’orthographe de cette ville qui se décline sur plusieurs tons, parfois avec un z final ou un i avant le dernier e, et pouvoir la situer correctement sur une carte de géographie. Kremenets est aussi la ville de naissance du célèbre violoniste Isaac Stern.

De la famille et de l’enfance de Samuel, j’ignore à peu près tout en dehors de sa désertion de l’armée russe et de son départ ou plutôt sa fuite à Rozwadow au début du siècle dernier.

Samuel Schwarz

Récemment en 2016, des actes d’état-civil de la famille Schwarz de Kremenets ont été mis en ligne grâce aux travaux de recherches d’un spécialiste de généalogie juive, référent de cette ville. Ainsi, j’ai découvert que Samuel avait une grande fratrie :
– deux sœurs parties vivre aux USA : Rywka mariée à un monsieur Gordon et Shindla née en 1876 mariée à Josef Kazultsik,
– et cinq frères  : Aron Schloïme né en 1875 et mort à l’âge de 5 ans, Yankel né en 1878, Avraham né en 1883 mort un an plus tard, Leizer né en août 1886, cordonnier et Haïm Gersh mort-né en 1890.

 

Samuel, qui s’est perfectionné dans le métier de menuisier ébéniste, a réussi ce tour de force de l’exercer dans chacune des villes où il s’est établi avec sa femme Sarah et leurs enfants qui seront au nombre de 10.

Une de leurs adresses à Tarnow est la rue Lwowska et j’ai pu constater que cette rue existe toujours et même m’y promener virtuellement sur Google Map.

Pour nourrir sa famille et faire face aux demandes qui se multiplient, il initie patiemment ses fils au métier du bois dans lequel il excelle et, dès que l’occasion se présente, deux d’entre eux, Josek et Shloïme, viennent l’aider dans son atelier.

En partant de la droite Josek, Schloïme et deux amis dans l’atelier de Samuel

         Shloïme au rabot

On les retrouve, élégants, sur de belles photographies traversées par le temps que ma grand-mère a pu ramener du périple qui la conduira de Pologne jusqu’en France en passant par la Sibérie, l’Asie Centrale, à nouveau la Pologne après-guerre, puis l’Autriche.

Sur l’une d’elles, deux fils de Samuel et deux ouvriers prennent la pose tout en travaillant. Ils sourient tous, à l’exception de Shloïme qui examine avec attention le fruit de son labeur. On observe, maintenu au mur à l’aide d’une scie, un journal polonais. Ce journal est plus précisément un indicateur d’horaires de trains (Rozklad Jazdy Pociagow), document essentiel, compte-tenu de leurs pérégrinations.

L’autre photographie représente Schloïme au rabot. Elle porte au verso son nom, l’adresse « Ulica Widok à Tarnow » et le chiffre « 36 » pour l’année. Grâce à ces inscriptions, je situe l’atelier de mon grand-père en 1936 dans une rue dont le nom signifie « vue, perspective ».

 

Et pour finir cet article, une note de poésie :

Ébéniste

Ébéniste, mon grand-père
Sur ton établi
D’un autre âge
Les copeaux valsent
Dans le bois s’inscrit
La mémoire du temps

Odeur de patine
Les secrets rangés dans les tiroirs
Des commodes
Gardent leur charme désuet

Sculpteur du quotidien
Tu façonnes les objets
Qui prennent vie sous tes doigts

 

 

3 commentaires sur “Un nouvel an avec Samuel Schwarz

  1. Toujours émouvants tes mots, MP alias Jasmine
    Ils sont très beaux tes grands cousinsou grands oncles… ou…en tt cas ta famille. Bises

  2. Une ressemblence troublente entre la quatrième personne à droite sur la photo de groupe et Yosek, me demande si ce n’est pas lui.
    Merci pour tout ton travail, notre famille continue à exister autant que famille grâce à ton acharnement.

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